Au delà de l’infantilisation

J’ai l’impression qu’à tous les niveaux, depuis nos gouvernants jusqu’aux citoyens, beaucoup de gens confondent confinement et distanciation. Ils crient « restez chez vous » au lieux de dire « distanciez-vous ». Cette confusion est une menace pour l’avenir de nos libertés parce qu’elle amène à mélanger des restrictions et privations de libertés scientifiquement justifiées, ou à tout le moins pour lesquelles il existe des justifications scientifiquement plausibles, avec d’autres complètement arbitraires.

Nous sommes face à un problème biologique. Un virus qui ne peut se propager que lorsqu’au moins deux personnes sont suffisamment proches dans l’espace-temps. Pour limiter sa propagation il faut donc, autant que possible, rester éloigné d’autrui. C’est évidemment très contraignant. Mais justement parce que c’est contraignant, l’ajout de contraintes supplémentaires sans rapport avec les risques de propagation du virus de la CoVID pose de sérieux problèmes, notamment en termes de respect des libertés individuelles et de la dignité humaine, mais aussi en termes de santé publique, et même d’un point de vue idéologique.

A cet égard, la limitation des sorties en plein air à une heure par jour à au plus 1 km du domicile est particulièrement désastreuse. De toutes les mesures, c’est celle qui me choque le plus. Pour ceux qui travaillent à domicile, cette règle transforme le confinement en une incarcération. Pour ceux qui doivent travailler dans des espaces fermés et parfois remplis de monde, comme par exemple une salle de classe ou un supermarché, l’interdiction d’une longue promenade occasionnelle en pleine campagne prend une dimension complètement surréaliste, surtout quand on réalise que s’éloigner de plusieurs kilomètres du domicile peut permettre de croiser moins de monde qu’en marchant près de chez soi.

Face à une contrainte aussi arbitrairement liberticide, je pense qu’il y a deux réactions saines : se révolter ou contourner. Mes observations quotidiennes me donnent le sentiment que c’est la deuxième option qui est le plus souvent choisie. Plutôt que de critiquer publiquement et frontalement des interdits qui leur font horreur et leur paraissent clairement injustifiés, beaucoup font le choix de les transgresser aussi discrètement que possible. Mais les conséquences – érosion de la confiance à l’égard de l’état et de la loi, défiance envers les forces de l’ordre – peuvent être gravement préjudiciables à la démocratie.

En outre, l’infantilisation des citoyens me paraît être particulièrement contre-productive en matière de lutte contre une maladie susceptible de s’installer durablement. Elle incite en effet beaucoup de gens à respecter à minima des règles imposées auxquelles ils n’adhèrent pas, plutôt qu’à changer volontairement leurs habitudes en cohérence avec des connaissances scientifiques actualisées.

Je pense qu’un changement complet de politique de gestion de la crise de la CoVID est nécessaire. Pour éviter les vagues épidémiques aux conséquences dramatiques, il faut amener les gens à faire preuve d’intelligence de terrain et l’agilité en matière de distanciation physique et autres mesures de protection. Il faut encourager, gratifier, mettre en valeur toutes les idées et initiatives permettant de limiter ou d’éviter toute situation concentrationnaire dans les différentes activités de la vie quotidienne (transports, activité professionnelle, enseignement, loisirs) tant qu’il existe un bruit viral susceptible de faire redémarrer la maladie. Si cela n’est pas possible partout, cela doit être fait partout où c’est possible.

Et si des sanctions doivent être prises dans le cadre de la lutte contre une épidémie, elles doivent être justifiées par des constats de comportements qui auraient pu potentiellement occasionner un risque de contamination.